Samsung Health vient de franchir une ligne que beaucoup d’utilisateurs n’attendaient pas. Refuser que vos données de santé servent à entraîner une intelligence artificielle entraîne la suppression pure et simple de ces données. C’est le type de décision qui mérite qu’on s’y arrête sérieusement.
Samsung Health et le consentement IA : ce qui se passe concrètement
Depuis le 13 juillet 2026, une mise à jour de Samsung Health affiche un nouvel écran de consentement. Le bouton est intitulé « Consent to the Use of Health Data for AI Training and Modelling ». Jusque-là, rien d’inhabituel.
Le problème, c’est ce qui se passe si vous refusez ou si vous désactivez ce bouton. Une fenêtre d’avertissement s’affiche immédiatement : la synchronisation de vos données sera bloquée, et vos données seront supprimées définitivement. Ce n’est pas un opt-out discret enfoui dans les paramètres. C’est une condition attachée à la fonctionnalité principale du service.
Les données concernées sont bien plus que des pas et du sommeil
Quand on parle de données de santé dans ce contexte, on ne parle pas uniquement de métriques passives. Les sources techniques qui ont documenté la mise à jour précisent que le périmètre inclut :
- Le nombre de pas et les données d’activité physique
- Le suivi du sommeil
- Le suivi du cycle menstruel
- La liste des médicaments en cours
- Les résultats d’examens médicaux
- Les dossiers de santé complets intégrés dans l’application
Ce niveau de granularité change complètement la nature du problème. On est loin d’un simple tracker fitness. On parle de données médicales à haute sensibilité, dont la collecte et le traitement sont encadrés par des réglementations strictes dans la plupart des pays.
Un consentement contraint, pas un vrai choix
La définition même du consentement libre et éclairé, telle qu’elle est posée par le RGPD en Europe, suppose qu’un refus n’entraîne pas de préjudice. Or ici, refuser signifie perdre l’accès à vos propres données et à la synchronisation de votre historique de santé.
Ce mécanisme s’apparente davantage à une contrainte qu’à un vrai choix. Samsung lie l’accès à une fonctionnalité centrale, la synchronisation, à l’autorisation d’exploiter des données pour un usage tiers, l’entraînement IA. C’est exactement le type de pratique que les autorités de protection des données européennes ont sanctionné par le passé chez d’autres acteurs.
La question de la conformité avec le RGPD est donc centrale. Et elle n’a pas encore de réponse publique, car Samsung n’a publié aucune déclaration officielle ni communiqué justifiant cette politique au moment où ces faits ont été documentés.
Côté américain, la HIPAA entre en jeu
Aux États-Unis, les données médicales sont protégées par la HIPAA pour les entités couvertes. Le statut exact de Samsung Health dans ce cadre n’est pas établi publiquement, mais la nature des données concernées, résultats d’analyses, traitements en cours, place clairement la question sur la table. Aucune source primaire disponible ne traite cet angle à ce stade.
Ce que Samsung n’a pas dit
L’absence de communication officielle est elle-même un signal. Plusieurs hypothèses coexistent : la fonctionnalité est en déploiement progressif et Samsung teste discrètement la réaction des utilisateurs, ou la firme anticipe une controverse et prépare une réponse. Dans les deux cas, l’absence d’explication publique sur la façon dont les données seront anonymisées, agrégées ou protégées laisse un vide que les médias tech ont rapidement comblé avec un cadrage critique.
On ne sait pas non plus si la suppression des données est immédiate après le refus ou différée. Aucun retour documenté d’utilisateur ayant effectivement perdu ses données n’était disponible au moment de la rédaction de cet article. Le déploiement semble se faire par vagues, sans généralisation immédiate à l’ensemble de la base utilisateurs.
Pourquoi cette affaire dépasse Samsung
Cette décision s’inscrit dans une tendance de fond : les grandes plateformes cherchent à monétiser leurs données propriétaires pour alimenter leurs modèles d’IA. Les données de santé sont particulièrement précieuses pour entraîner des modèles de santé prédictive. Samsung n’est pas le premier acteur à explorer ce terrain, mais la méthode choisie ici, la suppression comme sanction du refus, est particulièrement agressive et va bien au-delà des pratiques observées chez la plupart des concurrents.
La réaction des autorités de protection des données, notamment la CNIL en France ou le CEPD au niveau européen, sera le signal d’escalade à surveiller. Une mise en demeure ou une enquête ouverte changerait immédiatement le rapport de force.
Ce qu’il faut retenir
- Samsung Health conditionne la synchronisation des données à l’autorisation de les utiliser pour entraîner une IA : refuser entraîne la suppression définitive des données.
- Les données concernées incluent des informations médicales sensibles : traitements, résultats d’examens, cycle menstruel.
- Ce mécanisme de consentement contraint soulève des questions sérieuses de conformité avec le RGPD et potentiellement la HIPAA.
- Samsung n’a publié aucune justification officielle ni précisé comment les données seraient protégées dans ce processus d’entraînement.
- À surveiller : une réaction des autorités de protection des données européennes ou américaines pourrait forcer Samsung à revoir sa copie rapidement.
Si vous utilisez Samsung Health et que vous n’avez pas encore vu cet écran, c’est probablement une question de temps. Prenez le temps de lire les conditions avant de cliquer. Et si ce type de sujet vous intéresse, les articles sur la sécurité des données et la conformité sont publiés régulièrement sur ce blog. N’hésitez pas à échanger en commentaire ou à me contacter directement.
Sources
- 9to5Google : https://9to5google.com/2026/07/13/samsung-health-ai-training-data-consent/
- Android Authority : https://www.androidauthority.com/samsung-health-train-ai-data-3686684/
- Android Headlines : https://www.androidheadlines.com/2026/07/samsung-health-ai-data-training-deletion-policy.html
- HowToGeek : https://www.howtogeek.com/samsung-health-requires-ai-training-consent/
