L’auto-hébergement gagne du terrain, mais il manque encore une infrastructure dédiée à la vie privée de ceux qui hébergent leurs propres services. C’est exactement le problème que la Human-Centered Computing Foundation (HCCF) veut résoudre avec le projet .self.
Le TLD .self : c’est quoi exactement ?
La HCCF est une organisation qui cherche à repenser l’architecture du web autour des utilisateurs plutôt que des intérêts commerciaux. Elle a officiellement lancé une campagne pour obtenir un nouveau domaine de premier niveau (TLD) baptisé .self, dédié à la technologie éthique et centrée sur l’humain.
La fondation est déjà participante approuvée au programme de soutien aux candidats de l’ICANN (Applicant Support Program). Ce n’est donc pas juste une idée en l’air : une démarche institutionnelle est en cours, même si le processus d’évaluation ICANN n’a pas encore débuté et prendra plusieurs années.
L’idée centrale : donner à chaque personne un domaine unique sous .self, sans révéler son identité réelle. Le principe de confidentialité est au coeur du projet. Un modèle du type pseudo.v.self permettrait à chacun d’exposer ses services auto-hébergés sans exposer ses données personnelles.
Pourquoi ce projet suscite l’intérêt
L’auto-hébergement attire de plus en plus de profils techniques qui veulent reprendre le contrôle sur leurs données. Mais exposer un service sur Internet exige un nom de domaine, et obtenir un domaine implique de déclarer une identité et une adresse lors de l’enregistrement WHOIS.
Le TLD .self tente de répondre à ce problème précis en proposant :
- Une attribution de domaine anonymisée, avec identité masquée
- Un modèle « une personne, un domaine » pour éviter la spéculation
- Un cadre orienté services auto-hébergés, pas les usages commerciaux
- Une gouvernance indépendante des grands acteurs du registre de domaines
C’est une proposition cohérente avec les valeurs de la communauté auto-hébergement. Mais les questions pratiques restent ouvertes.
Les questions que personne ne peut encore trancher
La discussion sur Hacker News, dès la publication de la brochure, a rapidement soulevé des points critiques. Comment vérifier qu’un domaine correspond bien à une seule personne réelle ? Faut-il obligatoirement héberger soi-même, et si oui, comment le prouver ? Qui finance le projet sur le long terme ?
La HCCF elle-même admet être « aux tout premiers stades ». La brochure diffusée pour l’instant est un PDF d’une seule page, ce qui a généré un certain ironie dans les commentaires : une organisation qui prône le web éthique et humain qui publie en PDF plutôt qu’en HTML, c’est une cible facile.
Ce point, bien qu’anecdotique, illustre un risque réel : un projet qui vend une vision sans fournir encore les détails techniques. Les aspects DNS, cryptographie éventuelle, résolution de conflits de noms entre homonymes restent à préciser.
Il existe déjà plus de 530 TLD génériques reconnus internationalement. En créer un nouveau implique un processus ICANN long, coûteux et incertain. Des alternatives comme .me, DuckDNS ou les TLD gratuits existants accomplissent déjà une partie du besoin.
Un signal faible à suivre
L’engagement sur Hacker News et Reddit reste modeste, autour de 48 à 49 points lors des premières discussions fin juin 2026. C’est un signal de niche, pas un engouement massif. La communauté technique est curieuse mais en attente de substance.
Pourtant, le positionnement du projet est pertinent. La pression sur la vie privée des auto-hébergeurs est réelle. Le modèle centralisé des registres de domaines pose des questions légitimes. Et l’ICANN a bien accueilli la HCCF dans son programme de soutien, ce qui n’est pas rien.
Si la fondation publie une documentation technique sérieuse et une feuille de route claire, le projet mérite une attention plus soutenue. Sinon, il risque de rester une belle idée sans traction.
Ce qu’il faut retenir
- Le TLD
.selfest porté par la Human-Centered Computing Foundation, participante approuvée au programme ICANN ASP - L’objectif est un domaine anonyme, éthique, réservé à l’auto-hébergement, sur le principe « une personne, un domaine »
- Le projet est très préliminaire : pas de documentation technique publique, pas de calendrier précis, processus ICANN qui prendra des années
- Les questions pratiques (vérification d’identité, financement, résolution DNS, gestion des homonymes) restent sans réponse publique
- C’est un signal faible à surveiller, surtout si une documentation officielle et une couverture technique sérieuse émergent prochainement
Si ce type de projet à l’intersection de la gouvernance Internet, de la vie privée et de l’auto-hébergement t’intéresse, suis le blog ou échangeons directement. Ce sont exactement les sujets que je surveille de près.

